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La Photographie américaine à travers les collections françaises
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La Photographie américaine à travers les collections françaises
Influences

Exposition : Du Tuesday 04 July 2006 au Sunday 17 September 2006

Rencontres d'Arles
Téléphone (+33) 01 55 07 81 81
Site web www.rencontres-arles.com
Email info@rencontres-arles.com
Maison des Rencontres d'Arles
10, rond-point des Arènes
BP 96
13632 Arles Cedex
France

Festival : Rencontres d'Arles 2006
Du 4 juillet au 17 septembre 2006
Du Tuesday 04 July 2006 au Sunday 17 September 2006
Rencontres d'Arles - 13632 Arles Cedex

Exposition organisée avec les collections de la Bibliothèque nationale de France, du Fonds National d’Art Contemporain - Ministère de la Culture et de la Communication, de la Maison Européenne de la Photographie, du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne - Centre de création industrielle, du Musée Réattu, de la Collection Sandra Alvarez de Toledo - Paris. 
© Walker Evans - Collection Alvarez de Toledo (Paris) 

Je ne me souviens plus en quelle année j’ai vu ma première photographie de Walker Evans, tard sans doute vers mes trente ans. Une première fois, puis une seconde fois, toujours la même photographie, une maison en bois, elle était douce, blanche et grise, de ce beau gris de grand format. Est-ce l’Alabama, cet Etat du sud des Etats-Unis avec ces ouvriers agricoles, ces petites fermes aux chambres dénudées, ces femmes et ces hommes en salopettes de denim. Ces jeunes filles aux cheveux noirs, aux usages presque bibliques. Je vois leurs parents, et j’imagine leurs voix douces, leurs gestes précis et brusques. Les photographies de ces métayers endettés me troublent encore aujourd’hui. Comment ne pas se souvenir de ce magnifique texte de James Agee, poète et mystique, toujours en colère contre ce Sud profond. Il n’y a pas d’exode, il n’y a pas d’exotisme, il n’y a pas de nostalgie. Ce sont des photographies au présent. Il y a des églises, des garages, des boutiques à bonbons, des Ford T, c’est avant ma mémoire. Il est venu à Paris à l’ge de 23 ans, il a habité une pension familiale rue de la Santé. Il a lu Baudelaire et Flaubert, les écrivains les plus modernes puis il est rentré à New York, il a abordé son premier thème, la ville. Il a photographié des façades, des vitrines, toujours de face. Plus tard, il a sorti de prison Robert Frank, ce Suisse en exil chez les Américains. Il s’est opposé aux Fine Arts de Stieglitz, il a parlé du style documentaire. C’était un homme discret au beau visage comme ses paysans de l’Alabama. Il avait le même ge que mon père Antoine Depardon ; 1903, même année de naissance. Walker Evans a disparu en 1975 quelques mois avant mon père, au printemps 1976. Puis vient Paul Strand et son Native Land, ce photographe décalé, engagé, mal aimé avec sa France de profil et son obsession d’un monde nouveau et d’une terre préservée. Il y a Edward Weston, ce dandy et son journal du Mexique, amoureux d’une italienne gauchiste. C’est un patient, qui photographie bien les femmes dans les dunes. Ansel Adams et ses tableaux : j’aurais bien aimé avoir ses polaroïds « making of », parfois plus intéressants que ses paysages. Lewis Hine et son engagement photographique et humain. Arthur Rothstein qui est retourné dans l’Alabama de Walker Evans. Il y a aussi l’incontournable paparazzo new-yorkais Arthur Fellig Weegee et ses délires de faits-divers qui ont impressionné toute ma génération. Le plus proche de Walker Evans est peut-être Mike Meyer Disfarmer, un photographe local qui a si bien photographié les habitants de son village. Nous avons la chance grce à la Maison Européenne de la Photographie de pouvoir exposer quelques tirages de Diane Arbus, faites en chambre noire par elle-même. Aujourd’hui, après sa grande rétrospective, elle trouble les photographes du Réel fidèles au Leica, elle au son Rollei Flash, quelle force ! Et bien sûr, Robert Frank et son errance américaine. Ce Suisse, tendre, est un vrai volcan à l’intérieur. Il y a aussi ces contemporains, Lucien Aigner et Louis Faurer, les premières photographies de William Klein à Brooklyn , ce parisien américain. Et pour mon plaisir le Chilien d’Ovalle, Sergio Larrain, enfermé dans son monde des Andes avec ses cadres si forts et si denses. J’allais oublier Harry Callahan et Morris Wright aux regards distanciés et doux, avant d’aborder la nouvelle génération de Lee Friedlander avec ses chambres d’hôtel, ses autoportraits, et ses carrefours remplis de statues. Son alter ego Garry Winogrand et ses travellings sublimes. Sans 17 oublier William Eggleston et son Sud profond, nouveau héros des photographes d’aujourd’hui, très élégant, toujours en costume sombre, impeccable. Je n’oublie pas Helen Lewitt et ses enfants des rues, Lewis Baltz et ses paysages intelligents comme ceux de Robert Adams, un homme engagé, une figure de la nouvelle photographie américaine du paysage. C’est en plus un « romantique » qui écrit bien, son « essai sur le beau », sur le rapport entre l’esthétique et le contenu est un des textes les plus importants écrit par un photographe ces dix dernières années. Dommage qu’il n’aime pas prendre l’avion pour venir de son Colorado, nous aurions aimé lui rendre hommage personnellement. Grce au Fonds National d’Art Contemporain, nous présentons l’exposition « Our Lives and Our Children » qui est constituée de plus de 70 photographies de Robert Adams, travail engagé sur la question de l’industrie nucléaire. J’arrive enfin à des photographes de ma génération, Charles Harbutt, Burt Uzzle, et Mary-Ellen Mark. Je connaissais les trois, ils sont des dissidents de l’agence Magnum mais il sont surtout des virtuoses du cadre et de la composition. Et pour finir, je tenais à saluer John Sternfeld et son humour, Richard Misrach et ses déserts, deux artistes utilisant la chambre Grand Format. Nous revenons au point de départ, un pied, un objectif, un chssis, une chambre, tout reste à faire, et à rêver. Il manque Dorothea Lange, Nicholas Nixon et bien d‘autres la prochaine fois. Raymond Depardon 
photographie.com : 2006-07-04
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