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Malik Nejmi expose "l’ombre de l’enfance"
/ Malik Nejmi expose "l’ombre de l’enfance" / Arles - Galerie l'Atelier du Midi - du 3 juillet au 21 juillet2010

Malik Nejmi expose «l’ombre de l’enfance», un regard sur le handicap en Afrique, à l’Atelier du Midi 
© Malik Nejmi 
© Malik Nejmi 

En octobre 2007, Malik Nejmi recevait le Prix de Photographie de l’Académie des Beaux-Arts, des mains de Lucien Clergue premier Académicien de la section photographie nouvellement crée.
L’OMBRE DE L’ENFANCE est un projet amorcé lors de différents entretiens avec le galeriste Patrick Ruet (l’Atelier du Midi, Arles) autour de la notion de témoignage en photographie.

Malik Nejmi cherche dans la ligne du reportage à documenter en Afrique la vie collective d’enfants handicapés recueillis par deux associations (Léo / Mali, Sherp / Kenya). C’est en 2007, au Mali, alors qu’il réalise un atelier pédagogique dans le quartier de Bamako Coura, que Malik Nejmi rencontre une française Juliette Soto, qui, avec l’association Léo, mène tant bien que mal un travail difficile auprès des autorités maliennes pour intégrer depuis 10 ans des orphelins handicapés au sein de la Pouponnière d‘état de Bamako.
C’est lors d’une courte séance photographique d’une heure que Malik entre à la pouponnière et découvre «l’état» de ces enfants. Une quinzaine d’enfants lourdement handicapés jonchent le sol, errent dans les couloirs, les cuisines : Léo, Mamadou, Awa, Djamory … les photographier aussi rapidement aura eu pour effet de perturber, de bousculer toute pratique artistique élaborée.

De ces images et des témoignages entendus, Malik Nejmi portera alors une réflexion sur ces tabous ancestraux qui excluent tout enfant «anormalement constitué» de la famille africaine. Il retiendra alors dans son projet des histoires maudites relatées au Nord Kenya chez les samburus (nomades Massaï), à Madagascar pour le cas des jumeaux du village de Mananjary, ainsi que l’exclusion en milieu arabomuslman des enfants dit «illégitimes» au Maghreb.

Lourd et difficile projet que de tenter de comprendre les cultures populaires de la vie en brousse tout en acceptant que tout regard porté sur ces tabous ne doit pas être motivé par le simple «scoop journalistique» … Il s’agit simplement de documenter la vie de groupe, «la tribu» reconstituée par ces enfants, qui, au vu des sorts qu’ils leur sont généralement réservés, sont de véritables survivants. 
© Malik Nejmi 

En novembre 2009, Malik Nejmi réalise une nouvelle série de photographies à la Pouponnière de Bamako. Le travail est alors réalisé avec un appareil moyen format où il est alors question de poser l’appareil photographique dans les chambres des enfants, au moment de la sieste et le soir quand ils se couchent. La série «!Rooms!» montre des petits fragments de la vie dans les dortoirs, dans les couloirs, quand les enfants essayent de quitter le lit, s’empêtrent dans la moustiquaire, ou encore, pendant la sieste quand certains ne dorment pas et se posent dans le couloir presque silencieux. Dans la cour, seulement 4 photographies, celles où les enfants jouent, où le handicap s’efface pour laisser place au jeu du corps, quand avec force Draba tente de passer sous une corde à sauter, ou quand Awa (celle qui n’aime pas son image) lâche dans un cri, un vieux ballon dégonflé que l’on devine dans l’ombre marquée sur le sol … 
© Malik Nejmi 

Après un premier reportage photographique au Bénin en 1999, Malik Nejmi découvre et forge ce qui
deviendra, au sein d’une extrême variété de formes et de techniques, l’axe de son travail : une inspiration documentaire et ethnologique qui traque les différences, les diversités, autant celles qui se dévoilent à l’intérieur d’une même culture, d’un même pays, que celles qu’éprouve le vaste peuple des migrations, différences toutes vécues avec des fortunes changeantes, des douleurs, des rejets et des exclusions. A cet égard, son travail autour de la figure absente du père marocain, de ce père qui a rejeté le Maroc, est exemplaire. Malik Nejmi part d’abord seul retrouver le pays de son père, y suit un homme qui parle du pays en marchant, « on marche pour disparaître, quand on n’a plus d’identité », et croise partout « le regard d’un homme assis, seul dans ses pensées, le regard de la dépression, l’image figée de l’Arabe qui rêve de partir... » Malik Nejmi finira par ramener son père au pays nié, et lui prêtera une géographie sensible pour s’exprimer. « Le passé, papa, c’est la taxe des immigrés ». Travail qui sera publié en trois volumes sous le titre « El Maghreb ». L’autre travail notable est celui mené à Bamako d’abord, puis prolongé au Kenya et à Madagascar, sur les représentations du handicap en Afrique, à travers le rejet des enfants « différents ». Quelles traditions ancestrales motivent ce regard tabou sur la douleur de l’enfance handicapée ? Ses photos lui ont valu le premier Prix de Photographie jamais attribué par l’Académie des Beaux-Arts.

DIVERSITÉ CULTURELLE, 100 PARCOURS EXEMPLAIRES, éd. Naïve / Culture France 2008 
photographie.com : 2010-07-03
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