Les impatiences d'Elene Usdin

Dans le cadre de Art Paris, l'artiste-plasticienne Elene Usdin présentera AntiChambres avec Vues, une installation inédite née de sa collaboration avec le projet PHPA. "Il y aura un couloir d'hôtel, une chambre à coucher, le public sera invité à regarder à travers la serrure… Art Paris n'a jamais vu ça !" s'amuse la galeriste Esther Woerdehoff, partenaire du projet. Photographie.com a rencontré Elene Usdin pour en savoir plus. 

Photographie.com : Vous allez présenter, dans le cadre d'Art Paris 2012, l'installation appelée AntiChambre avec Vues. Pouvez-vous nous raconter comment cette idée est née, et comment vous l'avez mise en oeuvre ?

Au départ l'idée est née dans la tête d'Alain Bisotti, directeur de la communication des hotels HPRG et créateur du prix PHPA (cela fait maintenant deux ans que nous nous sommes rencontrés, Alain, Corinne et Pascal Moncelli (propriétaires des hôtels) et moi).

Après une commande de deux photographies pour leur nouvel hôtel La Belle Juliette fin 2009, je me suis vue confier la carte blanche PHPA 2011. Cette année, nous travaillons ensemble sur d'autres projets (dessins et photos) - chaque fois qu'ils ont une idée, je réfléchis et je travaille pour leur proposer quelque chose. C'est de cette façon qu'a été élaborée l'installation AntiChambre avec Vues

Nous voulions mettre en avant la POM que j'avais réalisée pour la carte blanche. Le thème principale en étant l'intimité, ou comment on surprend dans leur sommeil cinq belles endormies, l'idée est née de créer un espace qui attise la curiosité par ce qu'elle ne montre pas tout de suite mais invite à voir. On a donc décidé de recréer un corridor d'hôtel qui amène à la porte fermée de la chambre : le spectateur devient voyeur, il regarde par le trou de la serrure, par les ouvertures percées dans la porte. 

Lors de discussions avec Esther Woerdehoff et Alain Bisotti, le projet a mûri, et nous avons voulu étoffer notre installation en y présentant les robes originales et accessoires que je porte dans la POM (des meubles et accessoires symbolisant les hôtels). Au final l'installation est une oeuvre en soi, où tout est à vendre !...

On peut penser à la machine d'Emile Raynaud, le praxinoscope qui montrait des images animées. Ces petits films se veulent drôles et un peu gaguesques ; le rythme saccadé, la bande-son reprenant des airs classique ou de variétés très connus, font référence au cinéma muet.

Photographie.com : Qu'est ce que votre installation donne à voir / à imaginer / à sentir ?

Il faut que l'on se sente un peu voyeur - on va quand même regarder, par des petites ouvertures prévues à cette effet, des femmes agitées pendant leur sommeil. La mise en scène de l'installation prépare à ce qu'on va regarder - des habits jetés sur les fauteuils, des pantoufles abandonnées, une lumière tamisée.

On sent que des femmes se sont déshabillées, ont abandonné leur parures, et on a envie de voir ce qui peut bien se passer derrière la porte. C'est moi que j'ai mis en scène dans cette série de photographies et ces films ; j'incarne à tour de rôle les cinq femmes célèbres dont je n'ai gardé que le prénom, Simone, George, Joséphine, Isadora et Juliette. Je me laisse prendre à ce jeu en me mettant dans la peau de ces personnages, en mimant leur sommeil agité, en imaginant leurs gestes et attitudes dans l'intimité de leur chambre.

Mais cette intimité a été créee pour être vue.

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Photographie.com : Vous avez réalisé, à cette occasion, une POM appelée Les impatiences. S'agit-il du premier travail de ce genre ? Pourquoi cet intérêt pour les POMs ? Allez-vous répéter l'expérience ?

Cette POM est effectivement le premier travail du genre. C'était vraiment par jeu au départ, mais finalement ces petits films m'ont aidé à posséder encore un peu plus ces cinq personnages. Les retranscrire dans leur attitudes et mouvements leur donnent vie. La bande son a été réalisée par mon fils Joseph, qui, à treize ans, est un acharné de musique. Je lui ai commandé cinq morceaux, lui demandant de remixer des airs connus un peu cheesy comme la Boum ou "J'ai encore rêvé d'elle," pour accentuer avec humour le surréalisme de ces scènes.

J'aimerais effectivement beaucoup répéter cette expérience, elle m'a aidée à donner corps aux personnages que j'incarne dans mes autoportraits.

Photographie.com : Vous avez obtenu la carte blanche de l'exposition PHPA en 2011… Qu'est ce que cette collaboration à changé pour vous du point de vue professionnel ?

Une grande visibilité, des rencontres formidables et chaleureuses avec l'association Fetart, avec Esther Woerdehoff, et des liens qui se renforcent avec Alain Bisotti et Corinne Moncelli.

Photographie.com : Quels projets pour l'avenir ?

Je suis en train de finir un livre avec Stéphane Brasca du magazine De l'Air autour de la cuisine (livre qui va sortir chez Actes Sud cette année en mai). Je prépare un workshop pour juillet prochain, pendant les Rencontres internationales de la photographie d'Arles, et je travaille sur un projet de livre avec le photographe Claude Nori. 

Parallèlement, je monte un projet appelé "Les Chatières" avec la styliste Véronique Bataille. Nous sommes à la recherche de financement pour monter cette série de photographies et une vidéo. Tournée dans une villa de bord de mer, l'histoire met en scène deux soeurs jumelles, dont l'une martyrise l'autre dans des situations qui se veulent grotesque et tirées par les cheveux.

Propos recueillis par Roxana Traista 

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