Déracinés | Enracinés, la Bourse du Talent 2018

À l’instar de cet arbre photographié au Rwanda par Marie Moroni, nous dévoilant le réseau de ses racines fragilisées par un glissement de terrain, nombreuses sont les images de la nouvelle édition de la Bourse du Talent à évoquer la fracture d’existences accablées, réprouvées, déréglées. Cette année, dans la sélection des photographies, une série de dualités s’exprime – enraciné et déraciné, morne et excessif, traditionnel et moderne, libre et assigné, fixe et mobile, cadré et décadré... –, mais l’essentiel ne réside pas tant dans la contradiction apparente de ces termes que dans le recoupement que cette confrontation suggère.

Ainsi, dans les travaux de Marianne Barthélemy, Hannah Modigh, Pierre Faure, William Bunel ou Marie Moroni, le déracinement des sujets photographiés, qu’ils soient marginalisés socialement ou ethniquement, ne se résout que par la réappropriation de leur héritage et de leur dignité. La révolte du collectif chez Nicole Peskine, les bouleversements ou l’extravagance des corps chez Hannibal Volkoff, Lila Neutre, Camille Ropert, ou encore Delphine Blast font voler en éclats le joug de l’ancien monde, ses contraintes et ses préjugés, pour mieux exalter une forme de résistance ou de non-conformisme. Dans leurs photographies de paysages, Nathalie Déposé, Patrick Wack ou Julien Mauve activent en creux les figures de l’exilé, du pionnier et de l’aventurier en privilégiant l’errance et les métamorphoses de l’imaginaire et de la mémoire. (…)

Héloïse Conésa

Extrait du livre Déracinés | Enracinés publié en novembre 2018 aux éditions Delpire.